Les nouveaux monstres 1978-2014

Simonetta Greggio

Stock

  • 20 octobre 2014

    Dolce Vita s'ouvre sur la première du film éponyme,palme de Cannes, produit par Giuseppe Peppino Amato. L'Italie semble en équilibre entre deux ères, deux règnes à l'aube des années 60. L'incipit installe l'ambiance de faux semblants, celle d'un pays sali par la dépravation, la veulerie où s'entremêlent superstition et crédulité. La scène rappelle l'ouverture du film La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino (2013). Rome dans la splendeur de l'été. On suit les confidences de Don Emanuele Valfonda, quatorzième comte de Palmieri à Saverio, son confesseur jésuite.Le comte comme Jep Gamberdella jouit des mondanités de la ville.Il cache son désarroi sous une attitude cynique et désabusée mais son regard sur le pays est d'une troublante lucidité. L'Italie nouvelle, née de la faim et de la rage s'élance à la conquête de la vie et de l'art. Le lecteur découvre les chemins sinueux de ce "terrible et somptueux labyrinthe qui a pour nom Italie".Une atroce comédie où l'on apprend par le biais des confidences entre la vieille noblesse décadente et le prêtre jésuite l'émergence de la MAFIA, l'attentat de Milan en 1969, les Brigades rouges et l'existence de la loge P2. Loge maçonnique "couverte" c'est-à-dire secrète, créée dans le but de subvertir l'ordre politique, social et économique du pays dans un programme appelé le Plan de renaissance démocratique qui prévoit notamment le contrôle des médias à travers l'achat des organes de presse les plus importants.

    Simonetta Greggio associe au fil rouge des confidences des passages de non-fictions. La chronologie est parfois bousculée comme pour mieux mimer le chaos de l'Italie.

    Dolce Vita évoque dans l'excipit la mort du prince. Quatre années plus tard, Les Nouveaux monstres s'ouvre sur l'enterrement de Valfonda. Don Saverio est présent aux côtés d'Aria, journaliste et enfant des années de plomb. Véritable kaléïdoscope romanesque, Les Nouveaux monstres alterne reportages et secrets de famille pour mieux nous raconter le désenchantement d'un pays souillé par l'argent sale mais crédule aux propos d'un caïman.

    Tandis qu'on danse sur la Macarena, durant l'été 93, un peu à la manière de Jep Gamberdella, les différents scandales fonciers et le berlusconisme triomphent.

    Une fable noire qui met à nu les béances de cette Italie meurtrie.La lettre du juge Roberto Scarpinato, traduite par Anna Rizello dénonce à quel point l'Italie a basculé dans l'horreur.

    La fiction mêle l'intime et la dimension politique de manière très habile. Perversité et noirceur sont les maîtres mots mais la passion de Simonetta Greggio pour son pays qu'elle a quitté depuis trente ans offre au lecteur une vision richement documentée d'une faillite morale.

    Publication chez Stock, 2014, avec filmographie, notices biographiques et lexique de la MAFIA.


  • par (Libraire)
    17 octobre 2014

    Si Dolce Vita revisitait l'effervescence italienne des années 1960, la décadence des années de Plomb et se terminait avec l'assassinat du juge Aldo Moro en 1978, Les Nouveaux Monstres raconte l'Italie d’après les Brigades rouges, la naissance de l'ère berlusconienne et s'achève avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement actuel. Le récit commence au moment des obsèques du prince Valfonda, héros déchu de Dolce Vita. À cette occasion, Aria, la fille du prince, retrouve son oncle Saverio.

    Journaliste d'investigation écrivant pour le journal Specchio Verde, Aria entretient une correspondance assidue avec Saverio, dans laquelle elle lui relate petit à petit le fruit de ses recherches. Aria a soif de vérité et de justice, elle s'évertue à révéler les connexions qui existent entre le pouvoir politique italien et la mafia. Elle réalise très vite, au cours de son enquête, que les plus proches soutiens de Berlusconi sont liés à la Cosa Nostra. Les faits évoqués sont édifiants et la démonstration implacable.

    Derrière la figure d'Aria se cache évidemment celle de l'auteur, Française d'adoption mais Italienne d'origine. Simonetta Greggio dénonce une Italie corrompue, gangrenée par la mafia et s'interroge sur l'incapacité du pays, malgré son rayonnement mondial, à se sortir de cette situation. C'est la sphère politique tout entière qui est prise au piège. Et rien ne semble pouvoir enrayer cette spirale infernale.

    Le récit, rythmé et construit comme un roman policier, est haletant et palpitant de bout en bout. Simonetta Greggio laisse le lecteur sidéré. La parution de son livre en Italie pourrait avoir un effet dévastateur. Saluons le courage de cette femme qui a été au bout de sa démarche intellectuelle malgré les risques encourus. Difficile de ne pas établir de parallèle avec Roberto Saviano qui, depuis la sortie de son livre sur la mafia napolitaine, Gomorra, vit sous protection judiciaire.


  • par (Libraire)
    25 septembre 2014

    les nouveaux monstres

    Nul doute que Simonetta Gregio aime son pays d’origine. Elle n’en est pas moins lucide sur ses dérèglements, ses violences et son climat de corruption qui ont marqué son histoire au cours des dernières décennies.
    Saverio, le prêtre et Aria sa petite nièce se donnent la réplique tout au long de ce récit édifiant ! ( Commentaire de Brigitte G)


  • 24 septembre 2014

    Voyage en Italie

    Après " La DolceVita "paru en 2010_, _Simonetta Greggio s’intéresse, dans  " Les nouveaux monstres ",à une époque bien plus sombre de l’Italie_. _A celle de  la corruption et de  la violence, des mensonges et des vices. A cette période qui débute en 1978 par la funeste mort d’Aldo Moro, et qui n’en finit plus.

    Aria et Santo appartiennent à la dynastie des Valfonda, cette famille italienne, jadis puissante, riche et influente. Aujourd’hui, à l’image de l’Italie, elle tombe en décrépitude et est « semée de saveurs perdues ».  Il ne reste plus aux Valfonda que des souvenirs de grandeur, à peine quelques restes de dignité. Aria est journaliste. La situation économique, sociale et morale de l’Italie contemporaine la révolte. Elle part à la recherche de ceux qui sont au centre de cette _mala Italia_, qui ont plongé son beau pays dans la violence et le désespoir. Elle cherche dans les archives des faits divers les dessous des règlements de compte de ces dernières années, et multiplie les rencontres qui pourraient lui être utiles. A côté de cette quête, une autre, plus intime. Celle de ses origines, des circonstances de la mort de son père, qu’elle n’a pas connu. Son oncle Saverio, prêtre homosexuel dont elle est très proche, l’aide dans ses recherches professionnelles et personnelles. Parallèlement à ces échanges qui datent de 2013, le lecteur est parfois projeté dans le passé, à la fin des années 1970, à l’époque où Viola, la mère d’Aria, rencontre Santo, le père de celle-ci. Leur histoire d’amour passionnée se déploie au milieu des jardins du château de Palmieri, propriété des Valfonda, sous le regard étrange et insaisissable de Saverio. Le bonheur du couple est finalement terrassé par la mort de Santo.

    Articles de presse signés Aria, lettres, mails, extraits de journaux intimes. Simonetta Greggio mélange les genres avec talent et dresse dans son livre un portrait de l’Italie contemporaine criant de vérité. Les magouilles de la mafia, l’immoralité des puissants, l’ignominie dont l’Eglise fait preuve, rien n’est laissé sous silence.

    Un livre fort et instructif sur la situation de l’Italie d’aujourd’hui, qui flirte avec l’essai historique mais réussit à garder son parfum romanesque.

    Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u


  • par (Libraire)
    24 août 2014

    Une littérature de résistance

    L'auteur s'expose ouvertement. Elle a décidé de la faire, désespérée de voir son pays, l'Italie, sombrer de décennies en décennies, porté par un Etat corrompu et mafieux.
    Dissimulée derrière Aria, journaliste d'investigation, elle reprend les faits, inlassablement, compte les morts, fustige les gouvernements capricieux avides de pouvoir et d'argent en place depuis 1978. Depuis Il Divo (Giulio Andreotti) jusqu'à Silvio Berlusconi et le tout récent Matteo Renzi, la situation est inchangée. Le népotisme perdure et les alliances déguisées avec la Mafia accouchent de désastres flamboyants, réduisant les Italiens au silence, à la docilité. Simonetta Greggio s'insurge et lance un cri d'alerte devant cet enlisement confus, souterrain et effroyable.
    La littérature s'impose en résistante et les mots ont encore du pouvoir.


  • par (Libraire)
    21 août 2014

    Mafia Blues

    J'ai aimé ce roman qui dessine l'histoire politique de l'Italie depuis 1978. C'est la suite de "Dolce Vita 1959-1979" mais on peut ne pas l'avoir lu et directement commencer par celui-ci, sans se sentir perdu.

    Depuis qu'ils se sont rencontrés à l'enterrement du Prince de Valfonda, son demi-frère (et unique héritier), le jésuite don Saverio et sa petite-nièce Aria, journaliste d'investigation ne se quittent plus. Il lui raconte des secrets de famille et d'autres encore liés au Vatican. Elle lui envoie les papiers qu'elle écrit sur les liens troubles entre services secrets, mafia et partis politiques.

    Cette correspondance épistolaire nous éclaire sur les années de plomb, les attentats, les massacres, la corruption généralisée, la montée en puissance et l'arrivée au pouvoir de Berlusconi. Sa chute aussi. C'est passionnant, très instructif et puis, ça m'a donné envie de voir ou de (re)voir les films de Visconti et de visiter l'Italie (malgré tout).


  • par (Libraire)
    15 août 2014

    Italie et la mafia

    Après Dolce Vita 1959-1979, Simonetta Greggio écrit avec ces Nouveaux Monstres le roman de l’Italie de 1978 à 2014. Dans les années 70, l'Italie traverse une crise politique qui atteint son apogée avec l'assassinat du chef du parti démocrate-chrétien Aldo Moro par les Brigades rouges. À partir de 1979, le mouvement combattant révolutionnaire italien est écrasé par la répression.

    L'État italien reste alors profondément marqué par le pouvoir de la mafia au sein de la classe dirigeante, tant au niveau des partis politiques que du patronat et du Vatican. La montée en puissance du grand patron Berlusconi arrive sur ce fond d'argent sale en 2001. Cette Italie de faits divers scabreux, de scandales et de secrets politiques nous est décrite au travers de la relation du jésuite don Saverio et de sa petite-nièce Aria, journaliste d'investigation. Greggio nous fait la fois un récit historique, une analyse socio-politique et un roman passionnant sur cette période de l'Italie.


  • par (Libraire)
    23 juillet 2014

    L’Italie et ses monstres

    Comme dans Dolce Vita (1959-1979), ce roman entremêle fiction et réalité. Nous suivons ici les années 1978 à 2014 : de l’assassinat d’Aldo Moro à la fin de la période Berlusconienne, c’est toute l’histoire tragique de l’Italie politique qui nous est contée, à travers les destins mêlés de Saviero, Aria et Santo. Ou comment la Mafia sous toutes ses formes n’a pas fini de s’infiltrer dans tous les rouages de la politique ; seuls quelques courageux juges et journalistes risquent leur vie pour que la vérité éclate au grand jour. Simonetta Greggio, française d’adoption depuis 30 ans, crie l’amour pour son pays natal malgré tous les monstres, nouveaux ou pas qui la défigurent.