Conseils de lecture

Reprendre place, Contre l'architecture du mépris et de l'exclusion

Contre l'architecture du mépris et de l'exclusion

Mickaël LABBÉ

Payot

par (Libraire)
1 avril 2020

La ville autrement

La place d’Austerlitz à Strasbourg est saluée unanimement comme une réussite, reconquête urbaine d’un quartier dépourvu de charme. Pourtant, l’auteur ressent un sentiment de malaise indicible et constate ensuite que l’aménagement du mobilier est fait pour empêcher les SDF d’y rester. Les cafés qui étaient accessibles pour une somme modique ne servent plus de boissons chaudes après dix-sept heures et le folklore local souvent lié à la personnalité du tenancier a disparu. On est dans des lieux reproduits à l’infini et sans âme. La ville contemporaine exclut une partie de ses habitants, des quartiers privatisés et sécurisés se construisent, le" surtourisme" désagrège le tissu social en privilégiant le profit immédiat. Les quartiers piétonniers sont des centres commerciaux à ciel ouvert. Il est urgent de repenser la ville pour et avec ses habitants. Le livre cite des exemples de réussites architecturales et urbanistiques, basées sur l’appropriation des lieux par ceux qui y résident. L’émotion qui a saisi le monde entier après l’incendie de Notre Dame de Paris montre que ce monument appartient à tous et que son inscription dans la ville participe au bonheur de tous, croyants ou non. Ce livre est un plaidoyer pour une architecture qui intégrerait le social au cœur de sa pratique. A lire par tous ceux qui songent à une autre conception de la ville, réconciliée avec ses habitants.


LA SEULE HISTOIRE

Barnes Julian

Gallimard

8,50
par (Libraire)
31 mars 2020

La seule histoire

Paul, 19 ans, tombe amoureux de Susan, 48 ans, qui tombe amoureuse de Paul.
Ça se passe sur un court de tennis, de jouer ensemble après un tirage au sort.
On pourrait poser la rencontre comme destinée qui se vit.
Tout dépend du regard qu’on porte sur la vie, et sur l’amour aussi.
De 19 ans à la fin de la vie de Susan, Paul restera présent à elle.
Paul commence par se remémorer le meilleur de ce qui fut vécu avec Susan, puis la part la plus sombre et enfin la vie sans elle.
Il est question de l’amour, on l’aura bien compris mais quelle évidence à l’amour ?
Le narrateur sait au temps d’écrire qu’il a vécu avec Susan le seul amour de sa vie.
Il tente de s’expliquer pourquoi, explore les voies de réflexion possibles et pourtant il sent toute l’inanité de l’entreprise. Mais il creuse sillon pour meilleure compréhension. De quoi ? Du pourquoi amoureux ? De qui il est et est devenu de cet état ?
Il sait qu’il n’est pas de définition de l’amour, que l’amour se définit de chaque histoire d’amour, de la rencontre, de ce que vécu ensemble qui ne ressemble jamais à ce que deux autres individus vivraient.
Alors, il raconte l’histoire d’amour qui se vit, qui évolue, se modifie. L’amour n’a d’essence que de cette rencontre là.
Il n’est pas question de propos tels que « ma plus belle histoire d’amour… », ma « seule histoire d’amour » ou « d’amour avec un grand A ».
Il s’agit de dire une seule histoire entre deux êtres, qui se sont rencontrés, qui se sont aimés, qui en sont devenus qui ils étaient sans pouvoir échapper à leurs tourments, à leur propre vie qui se vivait, à leur personnalité façonnée du passé, façonnant tout autant leur être amoureux.
C’est une réflexion profonde sur les histoires d’amour, le courage ou la lâcheté, voire les deux à la fois que ça demande de les vivre ou pas.
C’est un ouvrage poignant, dérangeant même, qui pose questionnement intime, propre à chacun.


Gaudin Yves

Héloïse d'Ormesson

16,00
par (Libraire)
31 mars 2020

Peu de raisons d'espérer

Impossible de dévoiler même une petite partie de l’intrigue tant elle est originale et déconcertante. On ne peut pas dire que ce soit joyeux, optimiste et bienveillant. Émile Blanchard, qu’on n’appellera pas le héros de l’histoire, a une vie sinistre et hérite d’une enquête sur un triple meurtre spectaculaire. De sombres pensées et réflexions parcourent un récit sans concession, du côté obscur de la condition humaine, mais d'un paroxysme somme toute jubilatoire !


La Douceur des hommes, roman
7,20
par (Libraire)
31 mars 2020

De la volupté

Constance rencontre Fosca, une vieille dame attablée dans un restaurant vénitien, une amitié immédiate se lie. Elle devient la confidente subjuguée, à l’écoute d’un récit d’une vie de passions. Constance parcourt le monde sans joie, dévolue à un métier sans émotions. A l’approche de la mort qu’elle perçoit avec lucidité, Fosca clame son amour des hommes qu’elle a rencontrés. Un roman sensuel et raffiné.


Les fils conducteurs
7,50
par (Libraire)
29 mars 2020

Ouvrage terriblement marquant

Tout commence par ce mot Agbogbloshie, plus communément nommé " la bosse ".
C'est une décharge à ciel ouvert, au bord de l'eau, qui se trouve près du port d'Accra au Ghana.
S'amoncellent sur cette bosse tous les déchets de l'obsolescence programmée de nos équipements consommés puis jetés.
Ces objets ne disparaissent pas.
Par tonnes, ils se retrouvent là, formant décharge immense que des gamins vont sonder pour récupérer et revendre ce que glané à des plus âgés qu'eux, qui eux-mêmes revendent à des plus malins qu'eux ayant créé leur réseau de récupération, réparation et revente d'objets, matériaux et métaux plus ou moins précieux.
On suit Isaac, Moïse et Jacob, le tout nouveau-venu, gamins d'à peine douze ans en moyenne qui ont abandonné l'école et se bousillent la santé à gagner à peine de quoi vivre en collectant pour revendre.
On voit comment Wisdom et Justice, jeunes gens plus âgés qui eux préservent leur santé, gagnent leur vie en faisant travailler les plus jeunes et plus fragiles.
Et ce, alors qu'eux-mêmes sont à la botte de Daddy Jubilee qui gère tout son business le "cul " posé sur une chaise, d'avoir l'art de magouiller, d'être un mafieux de la pire espèce.
Et dans ce décors apocalyptique, arrive Thomas, jeune européen photographe qui bénéficie d'une bourse de Total pour donner à voir ce qui se passe là.
L'ironie est totale.
Tout dans cet ouvrage est savamment mené pour poser à distance, avec un humour mordant, voire avec violence.
Rien n'est écrit au hasard.
La part sombre de notre humanité perçue comme une flaque visqueuse qui s'étend, est passée au crible.