Conseils de lecture

Nino dans la nuit
par (Libraire)
25 octobre 2020

Surprenant

Nino a vingt ans. Il a déconné. Il le voudrait mais il n'en sort pas de la nuit. Tout ce qui lui passe par la tête nous y est passé aussi. À n'y rien comprendre à ce monde dans lequel il vit ou plutôt à le saisir sans y adhèrer, en le contournant, en bifurquant ou en faisant front, ça dépend des moments. Nino ne veut vivre mort alors que vivant puissamment intérieurement, tangiblement ancré dans la vie. C'est un voleur d'instants Nino, porté par l'amour pour son amoureuse.
Langage fleuri, des expressions au coeur de ce qui se vit dans le dur, sans concession.
Écriture d'aujourd'hui, bien inscrite dans le réel et qui fait des merveilles. C'est beau et puissant.


Lettres sur la botanique
2,00
par (Libraire)
20 octobre 2020

Pour la beauté de savoir

Plongée dans les échanges épistolaires d'un temps à jamais posé du passé.
C'est là un petit ouvrage rassemblant huit lettres sur la botanique et non l'herboristerie, il est important de le préciser, tant Rousseau ne faisait qu'aimer les plantes pour leur beauté.
À l'âge de cinquante ans, il s'est passionné de botanique. Grand marcheur, le désir impérieux de savoir pleinement ce que ses yeux percevaient, émerveillés, s'est fait.
Quelle délicieuse sensation que d'éprouver de lettres travaillées et charmantes, cette langue d'un autre temps, faite de formules, d'expressions, d'un vocabulaire désuets, au sujet très étudié.
Cet ouvrage peut éveiller le même désir au lecteur et l'amener à éprouver autrement le simple fait de marcher dans la nature. J'en ai éprouvé tout le charme, et vous souhaite tout autant de l'éprouver.


Chavirer

Actes Sud

20,50
par (Libraire)
18 octobre 2020

Profondeur de champ

"La chose la plus destructrice, c'est de devoir être responsable de ce à quoi on a consenti."

C'est une phrase dite par Lola Lafon dans l'émission radio de Marie Richeux, Par les temps qui courent, au sujet de Chavirer, son dernier roman. 

On y lit et suit l'histoire de très jeunes filles, principalement Cléo et Betty qui rêvent d'exercer leurs passions, la danse Modern'Jazz pour l'une, celle Classique pour la seconde, de façon professionnelle. 
Elles sont "hameçonnées" par la possibilité d'avoir une bourse qui leur ouvrirait l'accès à une formation digne de ce nom. 
Peu à peu, elles sont mises en confiance, préparées à une sélection où elles sont abusées. Manipulées, elles sont amenées à participer à inviter d'autres jeunes filles à subir les mêmes sévices, les enfonçant un peu plus dans un silence mortifère. 
Lola Lafon décortique la mise en œuvre de la manipulation, voire de la machination. Elle dessine à petits traits fins et ciselés ce que ça fait aux victimes, qui se sentent avant tout coupables, et qui au fil du temps s'abîment. 
Elle raconte leurs devenirs, bien autres que ce à quoi elles aspiraient, en dénouant des mots justes, tout ce que mis en oeuvre pour survivre au traumatisme. 
Elle dit comment de réflexion, de solitude et de présences, de nécessité à vivre, les victimes deviennent du traumatisme, de la culpabilité, de la prise de conscience, du courage et de l'opportunité nécessaires à décider de dénoncer. 

C'est un roman morcelé des victimes en morceaux et passionnant du cheminement donné à voir de petites touches imprégnées d'empathie, dont on ne peut faire l'économie de les lire minutieusement, pour saisir toute l'ampleur de l'ouvrage.


Les Enfiévrés

Mercure de France

23,80
par (Libraire)
15 octobre 2020

Pandémie

Candace travaille par nécessité plutôt que par passion parce qu’il faut gagner sa vie. Sa méticulosité lui fait décrocher un poste de coordinatrice dans des projets d’édition de la Bible.
A Manhattan, elle se débat dans les tracas quotidiens d’une ville tentaculaire. Jeune femme d’origine chinoise, elle révèle l’histoire de ses parents et leur intégration à la société américaine.
Son ami Jonathan, s’essaye à une vie alternative en acceptant la précarité.
Mais une épidémie se répand sur la ville, la fièvre de Shen, qui après le passage de la tempête Mathilde s’amplifie et vide New York. Les enfiévrés sont condamnés à répéter les mêmes gestes et meurent épuisés sans aucune guérison possible. Candace fera partie d’un groupe de survivants isolés dans un paysage post-apocalyptique et dirigé par une sorte de gourou.
L’habileté de l’auteure ne nous fait pas vraiment regretter la vie d’avant tant elle semblait dénuée de sens et dévolue à la consommation, aux fêtes imbibées. Et la description du monde du travail ne fait pas rêver ! Un double récit sur la vie contemporaine dans une grande ville et une peste noire moderne.


Le cœur synthétique
18,00
par (Libraire)
13 octobre 2020

Sororité, si tu existes !

Adélaïde a 46 ans au début du roman. Elle vient de quitter son mari avec qui elle s'ennuie. Elle se retrouve seule, n'a pas de famille, ni parents, ni enfants. La solitude lui est insupportable mais vite elle achète un chaton qu'elle nomme Perdition !
Elle appelle régulièrement ses amies qu'elle voit de temps à autre. Elles l'écoutent, la conseillent comme elle le fait pour elles en retour puisque chacune a ses propres problèmes.
C'est une femme totalement inscrite dans l'époque. Elle a un boulot dans le monde de l'édition, s'y investit beaucoup de la solitude sans pouvoir y trouver son compte. Travailler reste l'acte nécessaire à subvenir à vivre.
Les tentatives de rencontres se font rares et celles qu'elle voudrait amoureuses extrêmement décevantes.
Vers quoi va Adélaïde ?
Écriture acérée de Chloé Delaume.
Grand talent et humour décalé ou ajusté à l'époque, question de perception,chez cette auteure.
Aussi, c'est important, il y est question de sororité, de belle distance dans les amitiés dans l'acceptation de chacune à voir l'autre telle qu'elle est et de former solidarité.
Reste la solitude intrinsèque aux êtres.