Magali S.

par (Libraire)
22 décembre 2019

Glaçant

Myriam Leroy, qui nous avait subjugué avec son précédent roman "Ariane", un récit sur les relations toxiques, revient cette fois avec un roman à l'atmosphère suffocante, dans lequel une chroniqueuse radio est victime de harcèlement sur les réseaux sociaux.
Son harceleur va s'immiscer dans sa vie comme un poison à retardement, de façon méthodique, presque chirurgicale, et la précipiter dans une spirale infernale qui va l'éloigner peu à peu de ses proches et de la réalité.
La plume est urgente, tranchante, et par un procédé de narration particulièrement habile, on voit la victime perdre peu à peu son identité.
Un roman terriblement d'actualité qui décortique le mécanisme insidieux du harcèlement en ligne.

par (Libraire)
22 décembre 2019

Imaginez Sex and the City réécrit par Michel Houellebecq. Voilà, j'ai toute votre attention.
Elle est jeune, belle, riche, habite Manhattan et travaille dans une galerie d'art. Toute ressemblance avec un conte de fée s'arrête là, car notre jeune demoiselle, n'arrivant plus à ressentir quoi que ce soit, décide de dormir pendant un an, au moyen de médicaments, persuadée qu'elle se réveillera sous un jour nouveau. Avec une sorte de distance cruelle, elle va nous livrer ses réflexions sur les relations humaines, le monde qui l'entoure et ses faux-semblants. Peu à peu, les raisons qui l'ont plongée dans une sorte de paralysie émotionnelle deviennent évidentes.
L'auteure réussit brillamment à nous faire ressentir les effets de ce sommeil artificiel et nous offre une fin brillante, à la hauteur de son propos.

14,00
par (Libraire)
16 novembre 2019

D'une tendresse désarmante

C'est l'histoire d'un adieu, mais surtout d'un hommage d'une fille à un père.
Anne Pauly a perdu son père, et va, d'une façon tellement pudique, bouleversante mais jamais tire-larme (même si vous en verserez), dérouler les souvenirs et les réflexions à mesure qu'elle tente de faire du tri dans les affaires de son père.
Ça commence en fanfare avec un humour piquant et caustique, ce qu'il faut de détachement, le sens de la formule et les petites anecdotes qui font sourire. On a du mal à croire que c'est un premier roman tellement l'écriture est maîtrisée sans avoir l'air de, et le style déjà pleinement assumé.
Et peu à peu les émotions émergent parce qu'on comprend que cet homme difficile à vivre, alcoolique, bourré de manies et d'angoisses, elle l'aimait. Dans son livre, elle s'attache à faire vivre le souvenir d'un homme généreux, sensible, raffiné et drôle. Aucun jugement ne vient empoisonner ce deuil qu'elle traverse comme elle peut. Il n'y a qu'une profonde humanité, de la tendresse en barre. Ses mots sont d'une justesse incroyable et les phrases s'enchaînent avec un naturel désarmant et grisant.

par (Libraire)
7 septembre 2019

Absurde et jubilatoire!

Reuzé et Rouhaud explorent ici des sujets d'actualité brûlants et nous délivrent une succession de gags aussi noirs les uns que les autres. C'est jubilatoire et effrayant, parce que même si on rit de ces situations complètement absurdes, elles reflètent bel et bien le côté obscur de notre société. D'ici à ce que l'on y arrive, il n'y a que quelques pas...
Les adeptes de Fab Caro seront ravis !
Attention, il vaut mieux posséder un sens accru du second degré pour lire cette BD !

Gallimard

18,00
par (Libraire)
20 juin 2019

Le roman d'un génération désenchantée

Maëla, vingt ans, vit à Lorient et travaille au Carrefour du coin. Le parcours classique que sa mère aimerait la voir emprunter ne lui convient pas. Ce que souhaite Maëla par-dessus tout, c'est devenir une blogueuse célèbre, à l'instar de ses idoles sur YouTube et Instagram, mais les abonnés ne sont pas au rendez-vous. Alors elle se contente de rafraîchir sa page et de se perdre dans ses rêveries, car il faut dire qu'elle flotte un peu à côté de sa vie. D'ailleurs on ne peut pas dire vraiment qu'elle soit mal dans sa peau. Elle n'y est juste pas complètement. Et puis un jour, peut-être, la promesse d'un nouveau départ, car jusque là Maëla vivait dans l'attente.
Ne vous y trompez pas, ici vous ne trouverez point de paillettes. Du talent, en revanche, oui. Nora Sandor a réussi à aborder les affres de la futilité et du règne du vide et de l'éphémère, avec profondeur et subtilité, car finalement Maëla incarne à merveille cette incompréhension face à ce nouveau nouveau postulat, selon lequel notre valeur se mesure au nombre de likes et d'abonnés.
On se laisse glisser avec torpeur, grâce à la plume de l'auteure, dans ce monde sans fond, peuplé de créatures sociales.
C'est beau, mélancolique, envoûtant et édifiant.