Nathalie M.

Le jour baisse

Charles Juliet

P.O.L.

19,00
par (Libraire)
20 novembre 2020

Au fil du temps

On pourrait penser, idéalement, qu'il faudrait commencer par le tout premier journal et parvenir, peu à peu, à ce tout dernier, publié.
Ne pas avoir lu les précédents, c'est faire le choix d'entrer dans un temps de vie, s'y plonger pleinement, d'entrer dans le cours du cheminement d'écrivain de l'auteur et c'est tout aussi opportun.
Comme dans tous ses journaux, Charles Juliet parle de ce que c'est qu'écrire, de ce que c'est qu'être soi (cet être qui n'est que de devenir en accord à sa nature profonde), de ce que c'est de vivre jour après jour de sa sensibilité à lui, de la nécessité singulière d'écrire que c'est pour lui.
Lectures, voyages, souvenirs qui affluent, rencontres et écriture, aussi, tous les questionnements intimes que l'auteur note pour ne pas oublier, pour poser autrement le réel, pour le partager aussi, y sont consignés.
Et cette perpétuelle curiosité quant à l'autre, perçu tout à fait autre, dans une profonde empathie.

Histoires de la nuit
par (Libraire)
18 novembre 2020

Capté, vous serez

Un hameau, trois maisons. L'une à vendre, une autre habitée par une artiste peintre Christine, et la dernière par Patrice, Marion et leur fille Ida. 
Trois hommes débarquent le soir de l'anniversaire de Marion. On ne sait pas qui ils sont, ni ce qu'ils veulent… 
C'est un ouvrage de quelque six cents pages, marqué par cette sensation de suspens insoutenable qui vous tient. 
Tous les personnages et toutes les situations sont décrits dans une orgie de détails par le narrateur.
Ce narrateur, regard porté sur le présent de l'intrigue qui se déploie, nous invite à voir, à percevoir les personnages, les lieux, à décrypter les situations, tour à tour en accélérant la cadence ou en ralentissant le pas. 
On voudrait passer des descriptions, des paragraphes pour aller voir plus loin et vite comprendre.
Mais on ne le peut pas, on sait qu'on ne le doit pas, tant on sent que le plaisir de lecture est dans ce rythme imposé auquel on consent, totalement portés.

Or
par (Libraire)
17 novembre 2020

Crise existentielle, ou de l'essentiel

Jonas, quarante neuf ans, vit seul.
Pourtant, dans sa vie trois Gudrun, sa mère, son ex-femme, sa fille.
Toutes trois peuvent compter sur lui à tout moment, d'être un bricoleur hors pair, de toujours se plier à leurs demandes naturellement, jusqu'à ce que son ex-épouse lui confie une information qui l'ébranle totalement.
Jonas, alors, ne sait plus qui il est, quel sens donner à sa vie.
Il veut en finir avec la vie mais pas n'importe comment.
Pour que ce ne soit pas sa fille qui découvre son corps, il décide de partir mourir à l'étranger dans un pays détruit par la guerre, où un corps supplémentaire ne choquera personne, équipé de sa caisse à outils.
Ailleurs, il rencontre d'autres, vulnérables et forts à la fois, des circonstances on ne peut plus difficiles à vivre.
Ailleurs, il devient autre lui-même, lui-même ?
On suit Jonas dans ses réflexions et pérégrinations, avec les mêmes questionnements que ceux qui le traversent.
Ils ont trait au sens de la vie, à la place qu'on a ou gagne d'être né, et de ce à quoi on peut s'employer, d'être au monde de toute façon.
Ce roman, d'une grande finesse, aborde le sens de la vie avec délicatesse et ingéniosité, en en posant les fondements pierre après pierre, patiemment.

Poser problème

Mouton, Antoine

Contre-Allée

20,00
par (Libraire)
16 novembre 2020

Poésie d'aujourd'hui

C'est un ouvrage dense, où se mêlent, s'entremêlent prose poètique, poèmes et photographies en noir et blanc.
Tout de suite, on est happé.
Une journée se déploie, d'un regard, qui donne à voir l'extérieur. Les autres, les lieux, les émotions, les réflexions, les questionnements provoquent, engendrent la poésie du mouvement intérieur, riche, singulier de l'auteur.
C'est d'une puissante beauté.
À lire lentement, et à relire, quels que soient le jour et l'heure, dans l'élan de l'instant.

Les impatientes
par (Libraire)
12 novembre 2020

Des femmes

Trois femmes, Hindou, Ramla sa soeur, et Safira.
Hindou a été mariée sans son consentement à son cousin Moubarak. Celui-ci la viole, la bat au gré de ses colères, de ses frustrations, de ses échecs, sans que quiconque n'intervienne, exhortant Hindou à la patience.
Ramla devient, contre son gré, elle qui a eu son baccalauréat scientifique et rêvait de continuer ses études supérieures, la coépouse de Safira qui refuse ce partage de son époux.
Et toujours, la patience invoquée par l'entourage.
Trois femmes, qui de leurs personnalités, de la tradition, des conditions de vie imposées aux femmes, deviennent de se résoudre, de manigancer ou de s'échapper.
C'est une fiction inspirée de faits réels, est-ce précisé dès le début. On a beau savoir la polygamie, de lire ces trois destins, on saisit tout ce qu'on n'osait pas imaginer possible dans le quotidien vécu : les conditions de vie imposées du mariage forcé, le viol conjugal, la restriction voire la perte des libertés, la soumission totale, la dépendance matérielle, la solitude profonde.