Nathalie M.

Ellis Island
par (Libraire)
24 avril 2020

Transit

En 1979 sortait Récits d'Ellis Island, Histoires d'errance et d'espoir, superbe film réalisé par Robert Bober.
Georges Perec en a écrit le texte de la voix off.
C'est un texte court et dense qui dit l'histoire de l'émigration vers l'Amérique, le passage obligé par cette petite île définitivement nommée Ellis Island, d'un de ceux qui l'ont possédée.
Là, de 1892 à 1924, sont passées près de seize millions de personnes avant d'être acceptées sur le sol américain ou refoulées.
Georges Perec parvient à donner corps aux chiffres, aux nombres notés dans les registres administratifs.
Derrière chaque statistique, des hommes, femmes et enfants catapultés, de leur histoire.
Des mots choisis, il parvient à donner à voir les lieux, les espaces abandonnés, foulés par ceux qui veulent se souvenir, puisque cette île est devenue musée depuis 1976, espace de mémoire.
Le lieu peut tour à tour apparaître effrayant ou sublime d'humanité, des traces, d'histoires saisies, des vies propulsées, freinées, stoppées, ou refoulées.
Georges Perec veut comprendre l'exil, de ce non-lieu administratif.
Il y questionne son identité et le fait d'être juif.
Il cherche à saisir comment chacun a pu vivre et être marqué dans son destin, de son passage par cette île.
C'est un texte extrêmement puissant.

À ce soir
par (Libraire)
23 avril 2020

Intime et universel

C'est un ouvrage à part dans l'œuvre littéraire de Laure Adler.
Rémi, son fils, plus vraiment bébé mais pas encore enfant, est mort.
Un treize juillet, 17 ans après son décès, s'est imposée à Laure Adler l'écriture de ce texte.
Elle écrit une fois posée la nécessité impérieuse d'écrire que ce n'est pas un récit mais un raccomodement au monde.
Rien que ces mots-là disent la justesse du travail entrepris.
Les mots posés raccomodent l'être tout entier au monde, de lui permettre de sortir de l'effroi, de la sensation d'être là sans y être vraiment.
On découvre par des paragraphes courts ce que fut à Laure Adler ce temps de l'accident puis de la mort de l'enfant ; perte insupportable à ceux qui l'aimaient, évidemment.
Les mots qui disent peuvent être crus et d'autant de pudeur.
Cet ouvrage porte cette force là.
Ce texte peut faire écho à chacun, d'être parent, enfant de parents, d'aimer simplement même sans lien familial, de risquer de voir mourir ceux qu'on aime, et de se remémorer les êtres chers disparus déjà.
La mort, violente, dans son surgissement provoque une douleur qui évolue du temps, reste nichée en chacun.

HANGARS

Tappy Jose-Flore

Zoé

par (Libraire)
22 avril 2020

Dire les lieux, l'autre en poèmes.

C'est un recueil de poèmes courts qui disent au-delà de ce qui est écrit, ou dont le sens singulier se révèle différent de qui le découvre.
C'est un peu comme lire entre les lignes.
Fulgurances et jaillissements qui esquissent les lieux et ce qu'ils provoquent. Foisonnement de lieux qu'on perçoit comme des photographies du choix des mots qui les donnent à voir.
En même temps, certains textes donnent à saisir l'autre absent, avec grande pudeur, en résonances à l'effet que peuvent provoquer les lieux abandonnés. Aussi, le désir et la peur d'aimer s'entremêlent, offrent chavirements en quelques lignes.
Un enchevêtrement pertinent de textes, comme des bouffées renouvelées d'air.

Dévisagée

Gallimard Jeunesse

18,50
par (Libraire)
21 avril 2020

Livre pour adolescents.

Ava a seize ans.
Elle va intégrer un nouveau lycée après une année d'hospitalisation.
Il y a tout juste un an, un incendie s'est déclaré dans lamaison familiale, a tué ses parents et sa cousine Sarah.
Ava s'est jetée par la fenêtre. Soixante pour cent de la surface de son corps a été brûlée au second ou troisième degré, nécessitant des soins et des opérations extrêmement difficiles à supporter.
Elle doit à présent tenter de retrouver une vie sociale, poussée par sa tante Cora et son oncle Glenn qui sont les parents de Sarah.
Pas facile d'affronter le regard des autres puisque son visage brûlé, elle ne peut le cacher.
Pas facile d'être celle qui a survécu, de vivre avec son oncle et sa tante, alors qu'eux ont perdu leur fille.
Petit à petit, Ava va rencontrer d'autres adolescents, Piper accidentée elle aussi, Asad garçon aux aspirations artistiques , différents autrement comme chacun peut s'éprouver l'être, dans ce temps de transition vers l'âge adulte.
Des situations drôles, de la solidarité, des rencontres cocasses ; voilà ce qui se dessine par-delà la gravité de la situation évoquée.
Et les autres, nécessaires à devenir soi.

Le livre de Yaak

Éditions Gallmeister

par (Libraire)
18 avril 2020

Plaidoyer sensible

Rick Bass offre par cet ouvrage un manifeste écologique.
Il raconte plus de vingt ans de combat pour faire en sorte que la vallée du Yaak devienne une terre protégée par le Congrès américain.
Il oscille entre combat et chant poétique disant la beauté de la forêt primaire qui se rétrécit au fur et à mesure que l'industrie forestière sévit de coupes à blanc. 
Nulle réimplantation d'arbres ne permettra de restaurer le foisonnement, la richesse de la diversité des espèces végétales qui s'y sont développées au fil du temps.
Il écrit la beauté du paysage, sa faune et sa flore, et surtout la raréfaction de la diversité des espèces.
Il constate l'état de la vallée qui l'a adopté, lui qui en est tombé amoureux dès le premier séjour et qui n'a fait que tenter s'y fondre en respect et la protéger. 
Il s'engage, s'épuise mais forme aussi association avec d'autres de la vallée pour mieux la défendre, la protéger de la rapidité toute humaine à dévaster la nature. 
La nature trop vite perçue extérieure à l'homme et réserve de matières premières exploitables pour rendement immédiat.
Tout être voulant y vivre en la respectant devient aux yeux du monde réglé de l'économie mondialiste, un ahuri ou un sauvage mal intégré à la société.
C'est bien vite oublier que si l'homme ne préserve ni ne respecte la nature dont il est, il court à sa propre perte.
On la sait bien cette évidence et pourtant....